Mitt skrivande.

Publié le par Sabrina De L.

Je suis un vampire qui aime écrire. Et je me suis permis une folie. J’ai participé au concours du journal QUINZAINES. 

L’impératif ? 5000 caractères (espaces compris) et que le début commence par :

« Je n’avais plus rien à faire à Paris … »

Je me suis lancée. Bon, je n’ai pas été choisie mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. 

Je vous partage ci-dessous mon écrit. Et je vous laisse me donner votre avis. 

Bonne lecture chères âmes 

 

« L’âge c’est dans la tête, sauf si t’es bon en Maths »

 

Je n’avais plus rien à faire à Paris. La boucle était bouclée, le chapitre était clos. Je remballais mes cinquante ans dans ma valise pleine des oripeaux qui me rappelaient que j’étais plus dans la maturité que la puberté. L’espace d’un instant, je me suis sentie de nouveau jeune. J’y ai cru de toute mon âme et de toute mon arthrose naissante. J’ai joué de ma connaissance, de mon expérience, de mon corps pas trop mal conservé et de mon humour à toute épreuve. Il faut quand même se rendre à l’évidence, ça n’efface aucunement mes cinquante ans.

Je dois l’avouer, je n’ai jamais fait dans la demi-mesure. Lorsque l’on a vingt ans, on se pense immortelle et jeune pour toujours. Les heures de sommeil ne sont qu’un détail. Le foie, une éponge qui reste sèche malgré l’ingurgitation de moult liquides divers et variés. Les poumons, des bonbonnes d’air pur non polluables. Les kilos supplémentaires, une légende ! En une métaphore : j’ai commencé la course avec un dossard bien droit, un petit short aux couleurs éclatantes et là, je suis à mi-course, j’ai de la boue plein la tronche, le dossard qui pendouille un peu et une de mes baskets trouées. Cependant la course n’est pas finie et je continue de trottiner parmi de nouveaux participants frais, pimpants, beaux. Je les conchie tous, j’ai la rage, j’ai pris trente ans en un clignement d’œil. N'allez pas vous imaginer que je ne suis plus une belle plante. Je me trouve encore vachement pas mal. Je suis peut-être à l’étroit dans mon pot mais je suis bien dedans !

Je venais d’enterrer mon démon de midi. Laissez-moi vous raconter que l’on peut dézinguer une vie entière à la vue d’une paire d’yeux, d’une bouche pleine de sublimes dents et d’un cul bombé dans un petit jeans, même en étant une femme, vous décrire ce goût amer lorsque l’on se sent ridicule une fois que la désillusion s’installe et que l’on pense avoir tout perdu (j’ai gardé ma dignité, j’ai plus joué dans le pathétique). Le « tout perdu » chez moi était lointain. Mon ex s’était barré depuis longtemps dans les bras d’une jeunette avec un dossard fluo, un short moulant à paillettes et une paire de nibards d’enfer. Contrairement à moi, il avait réussi à faire qu’elle continue la course avec lui. Belle perf’, il a démarré sa course avec des cheveux et un corps athlétique et il la poursuit avec une moumoute et seize abdos en moins. Je resterai courtoise, je ne vous parlerai pas de ses bourses qui commencent à chercher la porte de sortie du short ballant. Je ne suis pas aigrie, je m’épanche, ne mélangeons pas tout.

Dès mon arrivée à ce rendez-vous ce matin-là, je n’ai vu que lui. Il était grand, beau, brun avec un sourire éblouissant. Il était en train de parler avec l’une de ses collaboratrices. Je me suis présentée, il m’a tendu la main et même ses doigts étaient sublimes. Ils sont entrés en contact avec les miens et déjà mes phalanges étaient amoureuses des siennes. Il m’a expliqué qu’il attendait ma venue avec impatience, que je pourrais sûrement mêler mon imagination à la sienne afin de pondre un projet de fou, que j’étais réputée pour mon originalité. Mon imagination était bien en marche mais pas dans le même domaine. Je l’écoutais sans vraiment l’écouter, je regardais ses lèvres bouger, sa bouche lâcher des sons. Une colonie de papillons multicolores battait des ailes dans mon abdomen. Je trouvais la vie super belle et j’en suis même arrivée à oublier que j’avais le fisc au cul pour une histoire de quelques piécettes oubliées sur une déclaration. Je me foutais de tout sauf de ce que je voyais. Pour notre première entrevue, nous sommes restés une bonne partie de la journée ensemble. A la fin de celle-ci, il m’a proposé de diner avec lui. Il était « seul » ce soir-là. Première douche froide, il n'était donc pas célibataire. Peut-être parlait-il de son chat ? La facilité à se voiler la face dans ces cas là est surprenante. Il m’a dit : « Mon épouse est en séminaire, voulez-vous diner avec moi ? » et j’ai compris : « Ma sœur est à Angoulême et prépare du guacamole en pot d’un kilo ». La vérité est sous mes yeux et je les ferme quand même ! Nous nous sommes retrouvés dans un petit restaurant cosy en tête à tête et c’est lors de ce moment « hors professionnel » que nous avons parlé de nous. Seconde douche froide, il me parle de son âge, il a vingt-six ans. La petite voix dans ma tête, vous savez celle qui arrive tout naturellement s’exclame « bah dis donc salopiot, t’en fais facile trente-deux. Ouais bon, tu fais plus mûr, quoi ». Ai-je cinquante ans d’ailleurs ? Ah oui, j’ai deux gosses dont un de ton âge. Oh Puis l’âge n’est qu’un chiffre après tout et j’ai toujours été nulle en mathématiques, demandez aux impôts, ils vous le confirmeront. La soirée fut somme toute agréable, j’étais aux anges. Arrive le moment de la séparation et il me dit : « Vous me faites penser à ma mère ». Je viens de perdre mon dossard…

 

 

Publié dans Juste ...

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