Den lärda mannen kan bli en Djävul .....

Publié le par Sabrina De L.

Je m'autorisais parfois une petite pause, tranquille à l'abri du soleil dans ce grand et vieux bâtiment qui sentait le bois vieilli et où j'aimais rester jusqu'à la tombée du jour, la vieille bibliothèque du centre-ville. J'y dévorais toutes sortes de récits, j'aimais la littérature et les vieux poèmes attiraient depuis toujours toute mon attention. Ici, j'étais au "paradis". J'avais une certaine passion pour décortiquer tout ce que je lisais, faire des analyses personnelles était mon "dada". J'adorais essayer de percer le mystère de la psychologie ou des sentiments qui se dissimulaient derrière chaque écrit et lorsqu'un auteur arrivait à mettre par mots ce que je ressentais, il m'arrivait même de pleurer. Les livres, finalement, étaient mes meilleurs amis. Ils me parlaient silencieusement et je les écoutais attentivement. Pour paraître plus humaine et aussi pour cacher mes pupilles fragiles de cette lumière filtrée qui arrivait à atteindre cet havre de sécurité, je portais souvent une paire de lunettes mi-teintée. Ou peut-être cherchais-je à faire intellectuelle. Mon aspect vampirique n'avait pas vraiment changé mon allure humaine, ni le jugement que les autres fondaient sur cette dernière. D'apparence, j'inspirais plus la peur que l'intelligence, pour être honnête. J'avais un regard noir et profond, mais comme une attitude de vide abyssal pour les autres. Je me souviens lorsque j'étais humaine et qu'au détour d'une conversation, je lançais : "J'adore lire", les premières réactions étaient : "Oh ? Toi ? Lire ? Sérieux ?". Je n'avais simplement pas l'aspect de quelqu'un d'ultra cultivée.  Aucune douceur n'émanait de mon être. J'avais l'allure de quelqu'un de marginal et de non-fréquentable et cela entraînait fatalement tous les clichés qui pouvaient en découler. Donc, porter des lunettes me faisait espérer que la donne serait changée.

J'ôtais ces dernières et je levais les crocs de mon bouquin. Je voulais me détendre et je le vis. Ce n'était pas la première fois par ailleurs que je le voyais. Il était grand, très classe, aux manières délicates, de proportion parfaite et ma vision vampirique avait remarqué son regard perçant qui dévoilait une âme très mystérieuse et secrète.

Il était assis dans un grand siège en cuir, les jambes croisées, sa lecture l'accaparait complètement. Sa tête était légèrement penchée. Ce genre d'humain pouvait absolument combler ce que je suis, mentalement. L'érudition était quelque chose qui me plaisait, me charmait follement. Pouvoir parler pendant des heures, échanger des avis étaient mon péché. Je m'imaginais aisément avec lui, un verre de vin à la main, un bouquin entre nous et une longue conversation, le tout accompagné d'un feu dans la cheminée, une odeur de bois se consumant et puis, une envie irrésistible de l'embrasser. Il deviendrait assurément un compagnon des ténèbres avec lequel je pourrais me voir infiniment dans ses yeux. J'imaginais ses mains, aussi délicates sur moi que lorsqu'il tournait les pages de ce bouquin qu'il tenait soigneusement.

Je ne sais pendant combien de temps cette chimère m'a fait quitter ce monde réel, mais lorsque je revins sur cette terre où j'étais damnée, il n'était plus là. Mes lèvres dessinèrent un munificent sourire, quelque chose que ma bouche effectuait rarement. J'avais l'air d'une idiote ! Comment un humain aussi instruit, aussi érudit, aussi beau, aussi noble pouvait poser les yeux, une seule seconde, sur ce que je suis ? La classe à l'état pur face à la noirceur et l'attitude néfaste que je véhiculais. Je me haïssais, car quelqu'un d'aussi raffiné ne pouvait m'aimer et rien que d'y penser, je me maudissais, oh oui, que je me maudissais !

Pour éviter toutes méprises, je demandais à la responsable de la bibliothèque, un coin isolé, où je ne pourrais plus être ennuyée par son apparition à l'avenir. Le rêve ne devait pas faire partie de mon être. JAMAIS !! Un démon, ça ne rêve pas, un démon ça n'aime pas et ça ne peut pas être aimé. Je devais être réprouvée.

Ce soir là, en sortant, je volais la vie d'une manière plus cruelle à trois âmes errantes pour expier toutes les pensées pures qu'il avait éveillées en moi !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article